Coaraze a appris avec tristesse la disparition d’un de ses habitants emblématiques, Alain Ducoté, survenue le 4 février dernier. “Son parcours n’est pas classique, mais Ducoté est avant tout une personnalité. Un honnête homme. Elégant dans son attitude comme dans son verbe, modeste et attentif”*. Engagé dans la vie locale, il a occupé le poste de conseiller municipal durant plusieurs années. Toutefois, c’est avant tout en tant qu’artiste talentueux et passionné de locomotives à vapeur qu’il a marqué les esprits. Il laisse derrière lui une œuvre riche, témoignant de son amour pour les belles machines et de la beauté de son art.

Une vie entre art et chemin de fer
Né en 1932, Alain Ducoté était destiné à une carrière artistique, suivant les traces de son grand-père fondeur d’art et de son père sculpteur. Il intègre les Beaux-Arts de Nice en 1950, mais la passion pour les locomotives à vapeur le pousse à embrasser une carrière de mécanicien de route, tout comme son père avant lui. Il conduit ainsi les mythiques Pacific 231 et Mountain 241 P, jusqu’à la fin de l’époque vapeur en 1968, marquant un tournant dans sa vie.
Retour à la peinture et amour de la vitesse
Désormais dédié à la peinture, Alain Ducoté trouve dans les paysages du sud et la lumière azuréenne une source d’inspiration infinie. Ses œuvres, dominées par des ciels de traîne et des ambiances sereines, capturent l’âme de la Provence, de la Corse et de la Riviera. Mais un autre sujet le passionne : le sport automobile. Spectateur du Grand Prix de Monaco depuis les années 1950, “Il restitue avec beaucoup d’acuité́ les sensations de vitesse ressenties à l’intérieur des autos par les pilotes et à l’extérieur par les spectateurs. Deux espaces temps parallèles fusionnent en des scènes expressionnistes saisissantes”*

Alain Ducoté, orfèvre de la mécanique et de l’art
Fasciné par la mécanique, Alain Ducoté ne se contente pas de peindre les belles machines : il les collectionne, les restaure et les conçoit. Passionné par la vapeur, il s’inscrit dans la lignée des grands pionniers comme Bollée, Serpollet ou Bugatti. Son chef-d’œuvre : la Mountain 241, une locomotive à vapeur fonctionnelle réalisée à l’échelle 1/10. Cette création monumentale, fruit de 23 ans et plus de 15 000 heures de travail, est un véritable exploit technique. Avec l’accompagnement du Directeur des études de la SNCF, il conçoit une machine capable d’atteindre 25 km/h avec une charge de 1 500 kg.
Mais sa passion ne s’arrête pas aux trains : il imagine et construit de ses propres mains un roadster unique, la Ducoté-Triumph. “Il n’y aura pas de retouches, pas d’autres plans. Il passe à l’acte direc– tement pour 2000 heures de passion. Une Triumph GT6 sert de banque d’organes pour un moteur, sa transmission et le caisson central de la coque. Notre homme a du matériel et du goût. Sus- pensions indépendantes avant et arrière, double triangulation, rotules uniball, carrosserie en acier formée à la main et rivetée ; les détails méritent d’être vus, comme ce démultiplicateur d’embrayage à l’élégance « classique ». Tableau de bord en aluminium bouchonné, vraie grille de boite, un plaisir à contempler.
La Ducoté – Triumph, reçue aux Mines es – qualité, développe 140 chevaux, pèse 850 kilogrammes. Un rapport poids puis- sance très actuel qui donne beaucoup de plaisir à son mécanicien de route. Ce dernier n’omet d’ailleurs jamais de porter ses lunettes de fonction lorsqu’il la pilote sur les routes du Turini ou de Sospel !*
Reconnu pour son expertise et son amour des belles mécaniques, Alain Ducoté est nommé membre d’honneur de l’Automobile Club de Nice et Côte d’Azur, où il expose régulièrement ses œuvres. Homme de passion et d’authenticité, il transcende le temps par son art et son ingéniosité. Comme le résumait son ami Louis Nucéra :
« De ses observations, de ses ferveurs sacrées qui remontent à la prime jeunesse, de son penchant à prendre son temps dans une période de hâte et de désirs sitôt assouvis, sitôt obsolètes, de son imagination, il tire de grands enrichissements. »